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13 et 14 mars 2020

Marie-Agnès Gillot / Laurence Equilbey

LE JEUNE HOMME ET LA MORT
Chorégraphie : Roland Petit (remonté par Luigi Bonino)
Livret : Jean Cocteau
Danse : Marie-Agnès Gillot et Antonio Conforti
Musique : Jean-Sébastien Bach, Passacaille en do mineur, orch. F. Krawczyk
Insula orchestra
Laurence Equilbey, direction
Éléments scéniques d’après : George Weick
Costumes : Karinska
Lumières : Jean-Michel Désiré

Création le 25 juin 1946 au Théâtre des Champs- Elysées
Coproduction STS EVENEMENTS – La Seine Musicale / Insula orchestra
Remerciements à l’Opéra National de Paris

La Seine Musicale





WITCH TRIO

de Franck Krawczyk

Trio Karénine

Commande de La Belle Saison

http://www.bouffesdunord.com/fr/la-saison/trio-karenine-franck-krawcyzk

Critique de Jean-Christophe Ferrari dans Transfuge

Dans la fosse, au choeur de l’opéra

Par Jean-Christophe Ferrari
la fosse

Pour « assister » à une « représentation » de La Fosse – la nouvelle performance conçue par Christian Boltanski, Jean Kalman et Franck Krawczyk à l’invitation de l’Opéra Comique –  les « spectateurs » sont invités à pénétrer dans un long parking bordé de rideaux blancs. Là des automobiles sous housse, des pianistes et des violoncellistes disséminés dans ce grand hangar de pierre, des chanteurs mêlés au public,  des personnages masqués, des visages informes. Le spectacle déjà  (c’est-à-dire jamais) a commencé, le décor déjà vibre, les sons déjà flottent dans la fosse.  Comment écoute-t-on un mélodrame qui n’a ni début ni fin, c’est-à-dire pas de narration ?  Comment écouter de la musique quand  on ne peut  ni visualiser ni identifier la source de celle-ci (l’orchestre, les chanteurs, les musiciens) ? Quand elle est partout et nulle part ?  Comment regarde-t-on un opéra qui n’est pas représenté sur une scène ?

Eh bien au début, on s’interroge : dois-je choisir un endroit d’où mon regard pourrait embrasser l’espace le plus large possible ? Ou ferais-je mieux de déambuler dans cette grand étendue sombre ? Mais alors comment ? Mutique et secret comme si je me frayais un chemin dans l’orgie d’Eyes Wide Shut ? Ou bien guilleret et convivial en claquant la bise à tous mes potes mélomanes et en prenant des photos avec mon smartphone, photos que je relaie immédiatement sur les réseaux. ? Puis-je demander à cette belle violoncelliste pourquoi elle ne joue pas de son instrument ? Ai-je le droit de m’asseoir sur l’une des chaises éparpillées dans le « décor » ?

Puis, au fur et à mesure de mes mouvements, de mes hésitations, des longues rampes fiévreuses de violoncelle, des accords martelés au piano, des mélopées plaintives, toutes ces questions tombent peu à peu pour laisser place à un sentiment  aussi tenace que grisant : je ne suis pas devant un scène, je suis traversé par l’espace. Celui-ci s’infiltre en moi, me pénètre.  Et pas n’importe quel espace : une fosse précisément, un lieu  sombre et enfoui d’où s’élève une plainte – une supplication – vers les hauteurs et la lumière.  Me voilà au coeur de ce que l’opéra a peut-être de plus archaique, de plus originel : le choeur des suppliants. A savoir un appel vers la transcendance s’élevant d’une sorte de fosse aux lions légendaire.

Alors, bien sûr, il m’est possible de sortir à tout moment de ce sous-sol pour retrouver le sol et ainsi faire cesser l’expérience de la supplication. Mais voilà : le spectacle n’ayant pas de fin, le fait de sortir attesterait davantage de mon caprice individuel que de l’action d’une transcendance. Or seule la transcendance peut répondre à la supplication.  Et puis si je sors, je sais que là-bas, en bas, dans le parking, ça continue de supplier, ça continuera toujours de supplier. La Fosse m’a  donc fait ressentir et comprendre cette chose grave et exaltante  à la fois (une chose qui est au coeur du savoir opératique) : la supplication ne cessera jamais, la supplication ne saurait être mise à distance par sa représentation,  la supplication fait partie intégrante de l’ordre cosmique. Comprendre cela c’est être au plus près de ce qui nous fait  viscéralement aimer l’opéra.  Ressentir cela constitue une expérience bouleversante qui, j’en suis sûr, continuera longtemps de me hanter.

Photo DR Stefan

10, 11 et 12 janvier 2020

FOSSE

BOLTANSKI / KALMAN / KRAWCZYK

Commande de l’Opéra Comique
Création mondiale pour soprano, violoncelle solo, ensemble de violoncelles, guitares électriques, pianos, percussions et choeur

Du 10 au 12 janvier 2020
Parking du Centre Pompidou, niveau -1
Réserver

Le point de vue du compositeur Franck Krawczyk

La singularité de cette démarche réside tout simplement dans la possibilité de choisir son angle d’écoute, dans l’espace même de la musique, les musiciens étant répartis dans tout le lieu, A la manière du visiteur dans une exposition, le spectateur est libre de se déplacer à son rythme.

Pour cet opéra, le spectateur n’est pas installé dans un fauteuil, devant une scène. Dès qu’il entre, toutes ses réactions font partie de l’œuvre. Il est dans l’œuvre et non devant.Comme il n’y a pas de début, pas de fin, il entre et sort quand il veut. Car il n’y a pas à proprement parler une histoire mais plusieurs, suggérées par cet espace donné et avec laquelle les trois créateurs composent.

 

Dans une salle d’opéra,  le dessous – les musiciens dans la fosse d’orchestre- agit sur le dessus – les chanteurs sur scène-.Ce parking souterrain offre la possibilité de penser la fosse d’orchestre autrement, de manière plus large. Il devient une fosse qui n’agit plus sur un dessus, mais qui est rendue à elle-même, seule, comme unique force agissante de la représentation d’un monde.

La musique a pour enjeu de donner à entendre le lieu autrement. Dans cette fosse si élargie, les repères ne sont plus les mêmes : les musiciens, éloignés les uns des autres jouent, sans chef d’orchestre, parmi les spectateurs. Ils jouent le lieu.

 

Partant de ce point de vue particulier – l’opéra vu de la fosse- le compositeur questionne les codes de l’opéra. Que disent la sonnerie du théâtre, le  la fin d’acte…, tous ces moments qui structurent le genre dès lors que l’on n’est plus dans les conditions habituelles de l’opéra ? Que disent ces codes hors de la salle d’opéra ? Observer le code, l’interroger, le sortir du réflexe, le rendre vivant. S’il dysfonctionne, il crée une autre émotion. Si l’on n’a plus la compréhension de sa fonction, le code s’abstrait et laisse place à une imagination renouvelée.

 

Soprano Karen Vourc’h
Violoncelle solo Sonia Wieder-Atherton
Ensemble de violoncelles Barbara Leliepvre, Polina Streltsova, Camille Supera, Sary Khalife,
Laurene Barbier-Combelles, Nicolas MenutAugustin d’Oliveira, Wesley Sampaio, Solène ChevalierAdèle Viret, Hortense Airault, Aurélie Allexandre d’Albronn
Pianos / guitares électriques Nicolas Worms, Eve Risser
Guitare électrique : Jean Galmiche
Piano Jeanne Susin, Camille El Bacha, Gwendal Giguelay, Clément Darlu 
Percussions Tancrède D.Kummer, Yuko Oshima
Choeur accentus

Assistant musical : Nicolas Worms
Assistant technique : Elsa Ejchenrand

Figurants en cours de distribution
Responsable figurants : Murielle Bechame

Dans le cadre de l’exposition de Christian Boltanski Faire son temps, le Centre Pompidou accueille la création mondiale de Fosse, commande de l’Opéra Comique.

Une production de l’Opéra Comique, en co-production avec le Centre Pompidou
Avec le soutien du Fonds de création lyrique